La frontière entre location nue et location meublée ne tient parfois qu’à une cuisine. Un bailleur qui installe plaques de cuisson, four, réfrigérateur et vaisselle dans un logement loué vide s’expose à un risque de requalification du bail en location meublée par le locataire.
Depuis 2023-2024, des tribunaux de proximité ont été saisis sur ce fondement, avec des contestations portant sur le dépôt de garantie ou la durée de préavis. Nous détaillons ici les points de vigilance concrets pour rédiger un bail solide en 2026.
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Requalification en meublé par la cuisine : le contentieux qui monte
Le risque n’est pas théorique. Des décisions récentes, répertoriées dans les bases doctrinales en 2024-2025, montrent que des locataires de logements loués nus invoquent la présence d’une cuisine très équipée (vaisselle, petit électroménager, table avec chaises) pour demander l’application du régime du bail meublé.
L’enjeu est double. Un bail meublé requalifié ouvre droit à un préavis réduit et modifie le plafond du dépôt de garantie. Le bailleur qui croyait signer pour trois ans se retrouve face à un locataire pouvant partir sous un mois dans certaines zones tendues.
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La jurisprudence n’a pas encore fixé de seuil précis entre « cuisine aménagée » et « cuisine équipée au sens du régime meublé ». Les juges raisonnent toutefois par faisceau d’indices : la présence simultanée d’ustensiles, de vaisselle et de petit électroménager au-delà des plaques et de l’évier bascule souvent du côté du meublé.
Retirer la vaisselle et le petit électroménager du logement nu reste la précaution la plus fiable.
Clause de mise à disposition d’équipements cuisine dans un bail nu
La loi du 6 juillet 1989 n’interdit pas au bailleur de fournir certains équipements dans une location vide. La difficulté porte sur la rédaction du bail et sur la qualification juridique de ces éléments.

Nous recommandons d’insérer une clause de mise à disposition distincte du contrat principal. Cette clause, annexée au bail, liste nominativement chaque équipement fourni (marque, modèle, état), précise qu’il s’agit d’une mise à disposition gracieuse et non d’un élément constitutif du bail, et prévoit les conditions de remplacement ou de retrait.
Cette rédaction présente un avantage direct : en cas de litige, le bailleur peut démontrer que les équipements ne participent pas à la qualification du logement comme meublé. Les modèles de bail publiés par l’UNPI et la FNAIM en 2025 intègrent désormais ce type de clause, ce qui confirme l’évolution des pratiques.
Ce que la clause doit contenir
- La liste exhaustive des équipements avec marque, état et photographie associée, renvoyant à l’inventaire photographique annexé à l’état des lieux
- La mention explicite que ces équipements ne confèrent pas au logement le caractère de location meublée au sens de la réglementation en vigueur
- Les modalités de remplacement : à la charge du bailleur pour vétusté, à la charge du locataire en cas de dégradation, avec un barème de vétusté annexé
- Une clause de retrait permettant au bailleur de reprendre un équipement en cours de bail, moyennant un préavis raisonnable
Inventaire photographique cuisine : la nouvelle norme en état des lieux
Depuis 2025, les réseaux d’agences et administrateurs de biens recommandent un état des lieux de la cuisine beaucoup plus documenté qu’auparavant. L’inventaire photographique systématique de chaque équipement (marque, état d’usure visible, numéro de série quand c’est possible) devient la pratique standard chez des réseaux comme Orpi, Foncia ou Nexity Gestion.
Cette documentation sert deux objectifs. Elle sécurise les retenues sur dépôt de garantie en cas de dégradation. Elle constitue aussi une preuve en cas de contestation sur la nature du bail : un inventaire détaillé démontre que le bailleur distingue les équipements mis à disposition du logement lui-même.
Protocole à suivre
Photographiez chaque élément individuellement, avec un plan large montrant son emplacement dans la cuisine. Ajoutez une fiche descriptive par équipement : marque, date d’installation estimée, état sur une échelle simple (neuf, bon, usagé). Ce document est signé par les deux parties et annexé à l’état des lieux d’entrée.
Le même protocole s’applique en sortie. La comparaison des deux jeux de photographies simplifie considérablement le traitement des éventuels litiges sur le dépôt de garantie.
DPE et obligations du bailleur en location vide : impact sur la cuisine
Le calendrier du diagnostic de performance énergétique contraint désormais les bailleurs de logements nus au-delà de la seule étiquette énergie. Un logement classé G ne peut plus faire l’objet d’un nouveau bail. Les classes F suivront prochainement.

Le lien avec la cuisine est concret. Un bailleur qui investit dans une cuisine équipée pour valoriser un logement énergivore ne résout pas le problème de décence. Le DPE conditionne la possibilité même de louer, indépendamment du niveau d’équipement intérieur. Nous voyons régulièrement des propriétaires confondre attractivité locative et conformité réglementaire.
Avant d’engager des dépenses sur la cuisine, vérifiez la classe DPE du logement. Si le bien se situe en zone d’interdiction de location, la priorité va aux travaux de rénovation énergétique, pas à l’aménagement intérieur.
Rédiger le bail : les erreurs concrètes à éviter
La première erreur consiste à mentionner les équipements cuisine dans la description du logement loué au sein du bail lui-même, sans clause distincte. Cette intégration au corps du contrat renforce l’argument d’une requalification en meublé.
La deuxième erreur porte sur l’absence de barème de vétusté. Sans grille de vétusté annexée, le bailleur perd presque systématiquement les litiges sur l’état des équipements en fin de bail. Les modèles de grille publiés par les syndicats professionnels constituent une base solide.
La troisième erreur est de négliger la cohérence entre le bail, l’état des lieux et la clause de mise à disposition. Ces trois documents doivent se référencer mutuellement : même liste d’équipements, mêmes descriptions, mêmes photographies. Toute incohérence ouvre une brèche exploitable en contentieux.
Un bail bien rédigé en 2026 intègre donc une clause de mise à disposition séparée, un inventaire photographique daté et signé, une grille de vétusté applicable aux équipements cuisine, et une mention explicite du caractère non meublé du logement. Ce cadre documentaire protège le bailleur contre la requalification tout en lui permettant de proposer un logement attractif avec une cuisine fonctionnelle.

